«Oh! si vous aimez mieux rester, je trouverai bien le chemin de l'auberge tout seul.
—Non, je vous accompagne.» Ils sortirent du banc et traversèrent la place. Le vieux David partit presque aussitôt qu'eux. Fritz, ayant mis le père Christel en route, rentra chez lui prudemment. Ce jour-là, au moment de se coucher, Sourlé, voyant le vieux rebbe murmurer des paroles confuses, cela lui parut étrange.
«Qu'as-tu donc, David, lui demanda-t-elle, je te vois parler tout bas depuis le souper, à quoi penses-tu?
—C'est bon, c'est bon, fit-il en se tirant la couverture sur la barbiche, je rêve à ces paroles du prophète: "J'ai été jaloux pour Héva d'une grande jalousie!" et à celles-ci: "En ces temps arriveront des choses extraordinaires, des choses nouvelles et heureuses!"
—Pourvu que ce soit à nous qu'il ait songé en disant cela, répliqua Sourlé.
—Amen, fit le vieux rebbe; tout vient à point à qui sait attendre. Dormons en paix!»
[XIV]
Kobus aurait dû se repentir le lendemain, de ses discours inconsidérés à la brasserie du Grand-Cerf; il aurait dû même en être désolé, car, peu de jours avant, s'étant aperçu que le vin lui déliait la langue, et qu'il trahissait les pensées secrètes de son âme, il s'était dit: «La vigne est un plant de Gomorrhe; ses grappes sont pleines de fiel, et ses pépins sont amers; tu ne boiras plus le jus de la treille.»
Voilà ce qu'il s'était dit; mais le cœur de l'homme est entre les mains de l'Éternel, il en fait ce qu'il lui plaît: il le tourne au nord, il le tourne au midi. C'est pourquoi Fritz, en s'éveillant, ne songea même point à ce qui s'était passé à la brasserie.