—Ah! pour aller demander Sûzel, s'écria Fritz, je marcherais jusqu'au bout du monde!

—Hé! hé! hé! fit le vieux Sichel, dont tous les traits se contractèrent, et dont les petits yeux se plissaient, hé! hé! hé! quelle peur tu m'as faite!... J'ai pourtant traversé la ville comme cela; c'est encore bien heureux que je n'aie pas oublié de mettre ma culotte.»

Il riait en boutonnant son gilet de finette et sa grosse capote verte. Mais Fritz n'osait pas encore rire, il remettait ses souliers, tout pâle d'inquiétude; puis il se coiffa de son feutre et prit son bâton, en disant d'une voix émue:

«Maintenant, David, je suis prêt; que le Seigneur nous soit en aide!

Amen!» répondit le vieux rebbe.

Ils sortirent.

Katel, de la cuisine, avait entendu quelque chose, et, les voyant passer, elle ne dit rien, s'étonnant et se réjouissant de ces événements étranges. Il traversèrent la ville, perdus dans leurs réflexions, sans s'apercevoir que les gens les regardaient avec surprise. Une fois dehors, le grand air rétablit Fritz, et, tout en descendant le sentier du Postthâl, il se mit à raconter les choses qui s'étaient accomplies depuis trois mois: la manière dont il s'était aperçu de son amour pour Sûzel; comment il avait voulu s'en distraire; comment il avait entrepris un voyage avec Hâan; mais que cette idée le suivait partout, qu'il ne pouvait plus prendre un verre de vin sans radoter d'amour; et, finalement, comment il s'était abandonné lui-même à la grâce de Dieu.

David, la tête penchée, tout en trottant, riait dans sa barbiche grise, et, de temps en temps, clignant des yeux:

«Hé! hé! hé! faisait-il, je te le disais bien, Kobus, je te le disais bien, on ne peut résister! Vous étiez donc à faire de la musique, et tu chantais, Rosette, si bien faite... Et puis?»

Fritz poursuivait son histoire.