«C'est vrai, dit-il en rougissant, ces trois arpents de vigne sont à David, il me les a gagnés; mais puisqu'il les donne à Sûzel, je les accepte pour elle. Seulement, ajoutez qu'il s'en réserve la jouissance; je veux qu'il puisse en boire le vin jusqu'à l'âge avancé de son grand-père Mathusalem, c'est indispensable à mon bonheur. Et mettez aussi, Müntz, que Sûzel apporte en dot la ferme de Meisenthâl, que je lui donne en signe d'amour; Christel et Orchel la cultiveront pour leurs enfants, cela leur fera plus de plaisir.»

C'est ainsi que fut écrit le contrat de mariage.

Et quant au reste, quant à l'arrivée de Iôsef Almâni, de Bockel et d'Andrès, accourant de quinze lieues, faire de la musique à la noce de leur ami Kobus; quant au festin, ordonné par la vieille Katel, selon toutes les règles de son art, avec le concours de la cuisinière du Bœuf-Rouge; quant à la grâce naïve de Sûzel, à la joie de Fritz, à la dignité de Hâan et de Schoultz, ses garçons d'honneur, à la belle allocution de M. le pasteur Diemer, au grand bal, que le vieux rebbe David ouvrit lui-même avec Sûzel au milieu des applaudissements universels; quant à l'enthousiasme de Iôsef, jouant du violon d'une façon tellement extraordinaire que la moitié de Hunebourg se tint sur la place des Acacias pour l'entendre, jusqu'à deux heures du matin, quant à tout cela, ce serait une histoire aussi longue que la première.

Qu'il vous suffise donc de savoir qu'environ quinze jours après son mariage, Fritz réunit tous ses amis à dîner, dans la même salle où Sûzel était venue s'asseoir au milieu d'eux, trois mois avant, et qu'il déclara hautement, que le vieux rebbe avait eu raison de dire: «qu'en dehors de l'amour tout n'est que vanité; qu'il n'existe rien de comparable, et que le mariage avec la femme qu'on aime est le paradis sur terre!»

Et David Sichel, alors tout ému, prononça cette belle sentence, qu'il avait lue dans un livre hébraïque, et qu'il trouvait sublime, quoiqu'elle ne fût pas du Vieux Testament:

«Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres. Quiconque aime les autres, connaît Dieu. Celui qui ne les aime pas, ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour!»


Notes:

[1] Patois composé d'allemand et d'hébreu.

[2] Rabbin.