—Ah! ça, monsieur Kobus, ce sont des cochinchinoises. Depuis deux ans, il y en a beaucoup dans le pays; j'en avais vu chez Daniel Stenger, à la ferme de Lauterbach, et j'ai voulu en avoir. C'est une espèce magnifique, mais il faudra voir si ces cochinchinoises sont bonnes pondeuses.»

Ils étaient devant la grille de la basse-cour, et des quantités de poules grandes et petites, des huppées et des pattues, un coq superbe à l'œil roux au milieu, se tenaient là dans l'ombre, regardant, écoutant et se peignant du bec. Quelques canards se trouvaient aussi dans le nombre.

«Sûzel! Sûzel!» cria le fermier.

La petite parut aussitôt.

«Quoi, mon père?

—Mais ouvre donc aux poules, qu'elles prennent l'air et que les canards aillent à l'eau; il sera temps de les enfermer quand il y aura de l'herbe, et qu'elles iront tout déterrer au jardin.»

Sûzel s'empressa d'ouvrir, et Christel se mit à descendre la prairie, Fritz derrière lui. À cent pas de la rivière, et comme le terrain devenait humide, l'anabaptiste fit halte, et dit:

«Voyez, monsieur Kobus, depuis six ans cette pente ne produisait que des osiers et des flèches d'eau, il y avait à peine de quoi paître une vache; eh bien! cet hiver, nous nous sommes mis à niveler, et maintenant toute l'eau suit sa pente à la rivière. Que le soleil donne quinze jours, ce sera sec, et nous sèmerons là ce que nous voudrons: du trèfle, du sainfoin, de la luzerne; je vous réponds que le fourrage sera bon.

—Voilà ce que j'appelle une fameuse idée, dit Fritz.

—Oui, monsieur, mais il faut que je vous parle d'une autre chose; quand nous reviendrons à la ferme, et que nous serons à l'endroit où la rivière fait un coude, je vous expliquerai cela, vous le comprendrez mieux.»