—Mais, très bien, père Christel; je me plais de plus en plus ici, je suis comme un coq en pâte, votre petite Sûzel ne me laisse manquer de rien.»

Si Sûzel se trouvait là, aussitôt elle rougissait et se sauvait bien vite, et le vieil anabaptiste disait: «Vous faites trop d'éloges à cette enfant, monsieur Kobus; vous la rendrez orgueilleuse d'elle-même.

—Bah! bah! il faut bien l'encourager, que diable; c'est tout à fait une bonne petite femme de ménage: elle fera la satisfaction de vos vieux jours, père Christel.

—Dieu le veuille, monsieur Kobus, Dieu le veuille, pour son bonheur et pour le nôtre!»

Ils déjeunaient alors ensemble, puis allaient voir les travaux, qui marchaient très bien et prenaient une belle tournure. Après cela, le fermier retournait aux champs, et Fritz rentrait fumer une bonne pipe dans sa chambre, les deux coudes au bord de sa fenêtre, sous le toit, regardant travailler les ouvriers, les gens de la ferme aller et venir, mener le bétail à la rivière, piocher le jardin, la mère Orchel semer des haricots, et Sûzel entrer dans l'étable avec un petit cuveau de sapin bien propre, pour traire les vaches, ce qu'elle faisait le matin vers sept heures, et le soir à huit heures après le souper.

Souvent alors il descendait, afin de jouir de ce spectacle, car il avait fini par prendre goût au bétail, et c'était un véritable plaisir pour lui, de voir ces bonnes vaches, calmes et paisibles, se retourner à l'approche de la petite Sûzel, avec leurs museaux roses ou bleuâtres, et se mettre à mugir en chœur comme pour la saluer.

«Allons, Schwartz, allons, Horni... retournez-vous.... Laissez-moi passer!» leur criait Sûzel en les poussant de sa petite main potelée.

Ils ne la quittaient pas de l'œil, tant ils l'aimaient; et quand, assise sur son tabouret de bois à trois pieds, elle se mettait à traire, la grande Blanche ou la petite Roesel se retournaient sans cesse pour lui donner un coup de langue, ce qui la fâchait plus qu'on ne peut dire.

«Je n'en viendrai jamais à bout, c'est fini!», s'écriait-elle.

Et Fritz, regardant cela par la lucarne, riait de bon cœur.