«Écoute, Kobus, fit-il d'un air fin, tu n'as pas voulu des femmes que je t'ai présentées, tu n'as peut-être pas eu tort. Mais bientôt tu t'en chercheras une toi-même.
—Posché-isroel, répondit Kobus, posché-isroel!» Il haussa les épaules, joignit les mains d'un air de pitié, et s'en alla. «David, criait Sourlé dans la cuisine, le dîner est prêt, mets donc la table.» Mais le vieux rebbe, ses yeux fins plissés d'un air ironique, suivit Fritz du regard jusque hors la porte cochère; puis il rentra, riant tout bas de ce qui venait d'arriver.
[VIII]
Après midi, Kobus se rendit à la brasserie du Grand-Cerf, et retrouva là ses vieux camarades, Frédéric Schoultz, Hâan et les autres, en train de faire leur partie de youker, comme tous les jours, de une à deux heures, depuis le 1er janvier jusqu'à la Saint-Sylvestre.
Naturellement ils se mirent tous à crier: «Hé! Kobus.... Voici Kobus!»
Et chacun s'empressa de lui faire place; lui, tout en riant et jubilant, distribuait des poignées de main à droite et à gauche. Il finit par s'asseoir au bout de la table, en face des fenêtres. La petite Lotchen, le tablier blanc en éventail sur sa jupe rouge, vint déposer une chope devant lui; il la prit, la leva gravement entre son œil et la lumière, pour en admirer la belle couleur d'ambre jaune, souffla la mousse du bord, et but avec recueillement, les yeux à demi fermés. Après quoi il dit: «Elle est bonne!» et se pencha sur l'épaule du grand Frédéric, pour voir les cartes qu'il venait de lever.
C'est ainsi qu'il rentra simplement dans ses habitudes.
«Du trèfle! du carreau! Coupez l'as! criait Schoultz.
—C'est moi qui donne», faisait Hâan en ramassant les cartes.