Et maintenant, il faut que je vous dise pourquoi Iôsef venait lui faire de la musique au printemps, et pourquoi cela l'attendrissait.

Bien longtemps avant, un soir de Noël, Kobus se trouvait à la brasserie du Grand-Cerf. Il y avait trois pieds de neige dehors. Dans la grande salle, pleine de fumée grise, autour du grand fourneau de fonte, les fumeurs se tenaient debout; tantôt l'un, tantôt l'autre s'écartait un peu vers la table, pour vider sa chope, puis revenait se chauffer en silence.

On ne songeait à rien, quand un bohémien entra, les pieds nus dans des souliers troués; il grelottait, et se mit à jouer d'un air mélancolique. Fritz trouva sa musique très belle: c'était comme un rayon de soleil à travers les nuages gris de l'hiver.

Mais derrière le bohémien, près de la porte, se tenait dans l'ombre le wachtman Foux, avec sa tête de loup à l'affût, les oreilles droites, le museau pointu, les yeux luisants, Kobus comprit que les papiers du bohémien n'étaient pas en règle, et que Foux l'attendait à la sortie pour le conduire au violon.

C'est pourquoi, se sentant indigné, il s'avança vers le bohémien, lui mit un thaler dans la main, et, le prenant bras dessus bras dessous, lui dit:

«Je te retiens pour cette nuit de Noël; arrive!»

Ils sortirent donc au milieu de l'étonnement universel, et plus d'un pensa: «Ce Kobus est fou d'aller bras dessus bras dessous avec un bohémien; c'est un grand original.»

Foux, lui, les suivait en frôlant les murs. Le bohémien avait peur d'être arrêté, mais Fritz lui dit:

«Ne crains rien, il n'osera pas te prendre.»

Il le conduisit dans sa propre maison, où la table était dressée pour la fête du Christ-Kind: l'arbre de Noël au milieu, sur la nappe blanche; et, tout autour, le pâté, les küchlen saupoudrés de sucre blanc, le kougelhof aux raisins de caisse, rangés dans un ordre convenable. Trois bouteilles de vieux bordeaux chauffaient dans des serviettes, sur le fourneau de porcelaine à plaque de marbre.