Deux hussards s'approchaient alors, bras dessus bras dessous avec leurs amoureuses. Kobus les vit venir de loin, sur le bastion de l'hôpital, et descendit dans la rue des Ferrailles, pour retourner à la maison.

«Je vais commencer par écrire au père Christel de poser le grillage, se dit-il, et de remplir le réservoir lui-même. Si l'on me rattrape à retourner au Meisenthâl, ce sera dans la semaine des quatre jeudis.»

Lorsqu'il rentra, Katel dressait la table. Sûzel était partie depuis longtemps. Fritz ouvrit son secrétaire, écrivit au père Christel qu'il ne pouvait pas venir, et qu'il le chargeait de poser le grillage lui-même; puis il cacheta la lettre, s'assit à table et dîna sans rien dire.

Après le dîner, il ressortit vers une heure et se rendit chez Hâan, qui demeurait à l'Hôtel de la Cigogne, en face des halles. Hâan était dans son petit bureau rempli de tabac, la pipe aux lèvres; il préparait des sacs et serrait dans un fourreau de cuir, de grands registres reliés en veau. Son garçon Gaysse l'aidait:

«Hé, Kobus! s'écria-t-il, d'où me vient ta visite? Je ne te vois pas souvent ici.

—Tu m'as dit, avant-hier, que tu partais en tournée, répondit Fritz en s'asseyant au coin de la table.

—Oui, demain matin, à cinq heures; la voiture est commandée. Tiens, regarde! je viens justement de préparer mon livre à souches et mes sacs. J'en aurai pour sept ou huit jours.

—Eh bien, je t'accompagne.

—Tu m'accompagnes! s'écria Hâan d'une voix joyeuse, en frappant de ses grosses mains carrées sur la table. Enfin, enfin, tu finis par te décider une fois, ça n'est pas malheureux.... Ha! ha! ha!»

Et, plein d'enthousiasme, il jeta son petit bonnet de soie noire de côté, s'ébouriffa les cheveux sur sa grosse tête rouge à demi chauve, et se mit à crier: