Ces idées n'étaient que des éclairs qui l'ennuyaient beaucoup; il en détournait la vue, et s'indignait contre les gens capables d'avoir d'autres théories que celles de la paix, du calme et du repos, dont il avait fait la base de son existence. Et chaque fois qu'une idée pareille lui traversait la tête, il se hâtait de répondre:
«Quand notre bonheur ne dépend plus de nous, mais du caprice d'une femme, alors tout est perdu; mieux vaudrait se pendre que d'entrer dans une pareille galère!»
Enfin, au bout de toutes ces excursions, entendant au loin, du milieu des champs, l'horloge du village, il revenait émerveillé de la rapidité du temps.
«Hé, te voilà! lui criait le gros percepteur: je suis en train de terminer mes comptes; tiens, assieds-toi, c'est l'affaire de dix minutes.»
La table était couverte de piles de florins et de thalers, qui grelottaient à la moindre secousse. Hâan, courbé sur son registre, faisait son addition. Puis, la face épanouie, il laissait tomber les piles d'écus dans un sac d'une aune, qu'il ficelait avec soin, et déposait à terre près d'une pile d'autres. Enfin, quand tout était réglé, les comptes vérifiés et les rentrées abondantes, il se retournait tout joyeux, et ne manquait pas de s'écrier:
«Regarde, voilà l'argent des armées du roi! En faut-il de ce gueux d'argent pour payer les armées de Sa Majesté, ses conseillers, et tout ce qui s'ensuit, ha! ha! ha! Il faut que la terre sue de l'or et les gens aussi. Quand donc diminuera-t-on les gros bonnets, pour soulager le pauvre monde? Ça ne m'a pas l'air d'être de sitôt, Kobus, car les gros bonnets sont ceux que Sa Majesté consulterait d'abord sur l'affaire.»
Alors il se prenait le ventre à deux mains pour rire à son aise, et s'écriait:
«Quelle farce! quelle farce! Mais tout cela ne nous regarde pas, je suis en règle. Que prends-tu?
—Rien, Hâan, je n'ai envie de rien.
—Bah! cassons une croûte pendant qu'on attellera le cheval; un verre de vin vous fait toujours voir les choses en beau. Quand on a des idées mélancoliques, Fritz, il faut changer les verres de ses lunettes, et regarder l'univers par le fond d'une bouteille de gleiszeller ou d'umstein.»