«Écoutez! si le roi n'était pas si bon, si rempli de patience, depuis longtemps il aurait fait vendre vos bicoques, et nous verrions si les saints du calendrier vous en rebâtiraient d'autres.
«Mais, puisque vous l'admirez tant, ce grand saint Maclof, pourquoi ne faites-vous donc pas comme lui, pourquoi n'abandonnez-vous pas vos femmes et vos enfants, pourquoi n'allez-vous pas, avec un sac sur le dos, à travers le monde, vivre de croûtes de pain et d'aumônes? Ce serait naturel de suivre son exemple! D'autres viendraient cultiver vos terres en friche, et se mettre en état de remplir leurs obligations envers le souverain.
«Regardez un peu seulement autour de vous, ceux de Schnéemath, de Hackmath, d'Ourmath, et d'ailleurs, qui rendent à César ce qui revient à César, et à Dieu ce qui revient à Dieu, selon les divines paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Regardez-les, ce sont de bons chrétiens; ils travaillent, et n'inventent pas tous les jours de nouvelles fêtes, pour avoir un prétexte de croupir dans la paresse, et de dépenser leur argent au cabaret. Ils n'achètent pas de manteaux brodés d'or; ils aiment mieux acheter des souliers à leurs enfants, tandis que vous autres, vous allez nu-pieds comme de vrais sauvages.
«Cinquante fêtes par an, pour mille personnes, font cinquante mille journées de travail perdues! Si vous êtes pauvres, misérables, si vous ne pouvez pas payer le roi, c'est aux saints du calendrier que la gloire en revient.
«Je vous dis ces choses parce qu'il n'y a rien dans le monde de plus ennuyeux que de venir ici tous les trois mois, pour remplir son devoir, et de trouver des gueux—misérables et nus par leur propre faute—qui ont encore l'air de vous regarder comme un Antéchrist, lorsqu'on leur demande ce qui est dû au souverain dans tous les pays chrétiens, et même chez des sauvages comme les Turcs et les Chinois. Tout l'univers paye des contributions, pour avoir de l'ordre et de la liberté dans le travail; vous seuls, vous donnez tout à saint Maclof, et, Dieu merci, chacun peut voir en vous regardant, de quelle manière il vous récompense!
«Maintenant, je vous préviens d'une chose: ceux qui n'auront pas payé d'ici huit jours, on leur enverra le steuerbôt. La patience de Sa Majesté est longue, mais elle a des bornes.
«J'ai parlé:—allez-vous-en, et souvenez-vous de ce que Hâan vient de vous dire: le steuerbôt arrivera pour sûr.»
Alors ils se retirèrent en masse sans répondre.
Fritz était stupéfait de l'éloquence de son camarade; quand les derniers contribuables eurent disparu dans l'escalier, il lui dit:
«Écoute, Hâan, tu viens de parler comme un véritable orateur; mais, entre nous, tu es trop dur avec ces malheureux.