Le sergent était allé voir, il ne parut qu'au bout d'un instant.

«Qu'est-ce qui se passe? lui demanda le commandant.

--C'est un aristocrate de cabaretier qui refuse d'obtempérer aux réquisitions de la citoyenne Thérèse, répondit le sergent d'un air grave.

--Eh bien! qu'on me l'amène.»

Le sergent sortit.

Deux minutes après, notre allée se remplissait de monde; la porte se rouvrit, et Joseph Spick parut sur le seuil, entre quatre soldats de la République.

Derrière, dans l'ombre, se voyait la tête d'une femme pâle et maigre, qui attira tout de suite mon attention; elle avait le front haut, le nez droit, le menton allongé et les cheveux d'un noir bleuâtre. Ses yeux étaient grands et noirs.

Le commandant attendait que tout le monde fût entré, regardant surtout Joseph Spick, qui semblait plus mort que vif. Puis, s'adressant à la femme, qui venait de relever son chapeau d'un mouvement de tête:

«Eh bien, Thérèse, fit-il, qu'est-ce qui se passe?

--Vous savez, commandant, qu'à la dernière étape je n'avais plus une goutte d'eau-de-vie, [1] dit-elle d'un ton ferme et net; mon premier soin, en arrivant, fut de courir par tout le village pour en trouver, en la payant, bien entendu. Mais les gens cachent tout, et depuis une demi-heure seulement j'ai découvert [2] la branche [3] de sapin à la porte de cet homme. Le caporal Merlot, le fusilier Cincinnatus et le tambour-maître Horatius Coclès me suivaient pour m'aider. Nous entrons, nous demandons du vin, de l'eau-de-vie, n'importe quoi; mais le kaiserlick[1] n'avait rien, il ne comprenait pas, il faisait le sourd.[2] On se met donc à chercher, à regarder dans tous les coins, et finalement nous trouvons l'entrée de la cave au fond d'un bûcher, dans la cour, derrière un tas de fagots qu'il avait mis devant.