A droite de notre grange, devant l'auberge de Spick, stationnait la charrette de la cantinière, couverte d'une grande toile.
La cantinière, à la fenêtre en face, raccommodait une petite culotte, et se penchait de temps en temps pour jeter un coup d'oeil sous le hangar, où dormait un petit tambour d'une douzaine d'années, tout blond comme moi, et qui m'intéressait particulièrement. C'est lui que surveillait la cantinière, et dont elle raccommodait sans doute une culotte. Il avait son petit nez rouge en l'air, la bouche entr'ouverte, le dos contre les deux tonnes et un bras sur sa caisse; ses baguettes étaient passées dans la buffleterie, et sur ses pieds, était étendu un grand caniche[2] tout crotté, qui le réchauffait. A chaque instant cet animal levait la tête et le regardait comme pour dire. «Je voudrais bien faire un tour dans les cuisines du village!» Mais le petit ne bougeait pas; il dormait si bien! Et comme, dans le lointain, quelques chiens aboyaient, le caniche bâillait; il aurait voulu se mettre de la partie.
Bientôt deux officiers sortirent de la maison voisine; deux hommes élancés, jeunes, la taille serrée dans leur habit. Comme ils passaient devant la maison, le commandant leur cria:
«Duchêne! Richer!
--Bonjour, commandant, dirent-ils en se retournant.
--Les postes sont relevés?
--Oui, commandant.
--Rien de nouveau?
--Rien, commandant.
«Allons! s'écria le commandant d'un ton joyeux, en route!»