IV

Après le départ des Républicains, il se passa bien encore[1] un quart d'heure avant que personne ne se montrât de notre côté dans la rue. Toutes les maisons semblaient abandonnées. De l'autre côté de la barricade, le tumulte augmentait; le cris des gens: «Au feu! au feu!» se prolongeaient d'une façon lugubre.

J'étais sorti sous le hangar, épouvanté de l'incendie.

Et comme j'étais là, pensant que ces Français devaient être[2] de fameux brigands, pour nous brûler sans aucune raison, un faible bruit se fit entendre derrière moi; je me retournai, et je vis dans l'ombre du hangar, sous les brindilles de paille tombant des poutres, la porte de la grange entr'ouverte, et derrière, la figure pâle de notre voisin Spick, les yeux écarquillés. Il avançait la tête doucement et prêtait l'oreille; puis, s'étant convaincu que les Républicains venaient de battre en retraite,[3] il s'élança dehors en brandissant sa hache comme un furieux, et criant:

«Où sont-ils, ces gueux? où sont-ils, que je les extermine tous!

--Ah! lui dis-je, ils sont partis; mais, en courant,[4] vous pouvez encore les rattraper au bout du village.»

Alors il me regarda d'un oeil louche, et, voyant que j'étais sans malice,[5] il courut au feu.

D'autres portes s'ouvraient au même instant; des hommes et des femmes sortaient, regardaient, puis levaient les mains au ciel, en criant: «Qu'ils soient maudits![6] qu'ils soient maudits!» Et chacun se dépêchait d'aller prendre son baquet pour éteindre le feu.

L'oncle Jacob rentra chez nous par les jardins.

«Seigneur Dieu![1] s'écria-t-il, Fritzel est sauvé!»