«Combien d'hommes les Français étaient-ils?
--Un bataillon, Excellence,» répondit le bourgmestre courbé en demi-cercle.
Le général ne dit rien. Il leva son tricorne[1] et poursuivit sa route.
Alors arriva la seconde brigade, puis les grandes voitures de l'ambulance, et derrière, les éclopés, les traînards et les poltrons.
Les chirurgiens de l'armée firent le tour de la place. Ils relevèrent les blessés, les placèrent dans leurs voitures, et l'un de leurs chefs dit au bourgmestre en montrant le reste:
«Vous ferez enterrer tout cela le plus tôt possible.
--Pour vous rendre mes devoirs,»[2] répondit le bourgmestre gravement.
Et comme le fossoyeur Jeffer avec ses deux garçons, Karl et Ludwig, arrivaient la pioche sur l'épaule, le bourgmestre leur dit:
«Vous prendrez douze hommes avec vous, et vous ferez une grande fosse dans la prairie du Wolfthal pour tout ce monde-là; vous m'entendez? Et tous ceux qui ont des charrettes et des tombereaux devront les prêter avec leur attelage, car c'est un service public.»
Jeffer inclina la tête et se rendit tout de suite à la prairie du Wolfthal, avec ses deux garçons et les hommes qu'il avait choisis.