«Allons, s'écria l'oncle, elle est sauvée. Tenez, Koffel, voyez, la balle a glissé sur les côtes, elle est ici sous l'épaule; la sentez-vous?
--Très bien.»
L'oncle sortit, appelant Lisbeth.
«Tu vas chercher une de tes chemises pour cette femme, lui dit-il, et tu la lui mettras toi-même.--Mauser, Koffel, venez; nous allons prendre un verre de vin, car cette journée a été rude pour tous.»
V
Le lendemain du départ des Républicains, tout le village savait déjà qu'une Française était chez l'oncle Jacob, qu'elle avait reçu un coup de pistolet et qu'elle en reviendrait[1] difficilement. Mais comme il fallait réparer les toits des maisons, les portes et les fenêtres, chacun avait bien assez de ses propres affaires sans s'inquiéter de celles des autres, et ce n'est que le troisième jour, quand tout fut à peu près remis en bon état, que l'idée de la femme revint aux gens.
Alors aussi Joseph Spick répandit le bruit que la Française devenait furieuse, et qu'elle criait: «Vive la République!» d'une façon terrible.
Le gueux se tenait sur le seuil de son cabaret, les bras croisés, l'épaule au mur, ayant l'air de fumer sa pipe, et disant aux passants:
«Hé! Nickel...Yokel... écoute... écoute, comme elle crie! N'est-ce pas abominable? Est-ce qu'on devrait souffrir cela dans le pays?»
L'oncle Jacob, le meilleur homme du monde, en vint à[2] ce point d'indignation contre Spick, que je l'entendis répéter plusieurs fois qu'il méritait d'être pendu.