«Ceci, mauser, murmura l'oncle, n'est plus la voix du délire, c'est une voix faible, mais naturelle.»
Et se levant, il écarta les rideaux. Le mauser et moi nous étions derrière lui. La femme semblait dormir; on l'entendait à peine respirer. Mais au bout d'un instant, elle ouvrit les yeux et nous regarda l'un après l'autre, comme étonnée, puis le fond de l'alcôve, puis les fenêtres blanches de neige, l'armoire, la vieille horloge, puis le chien qui s'était dressé, la patte au bord du lit. Cela dura bien une minute; enfin elle referma les yeux, et l'oncle dit tout bas:
«Elle est revenue à elle.[1]
--Oui, fit le mauser du même ton, elle nous a vus, elle ne nous connaît pas, et maintenant elle songe à ce qu'elle vient de voir.»
Nous allions nous retirer, quand la femme rouvrit les yeux, et, faisant un effort, voulut parler. Mais alors l'oncle, élevant la voix, lui dit avec bonté:
«Ne vous agitez pas, madame, soyez calme, n'ayez aucune inquiétude... Vous êtes chez des gens qui ne vous laisseront manquer de rien... Vous avez été malade... maintenant vous allez mieux... Mais, je vous en prie, ayez confiance... vous êtes chez des amis... chez de véritables amis.»
Pendant qu'il parlait, la femme le regardait de ses grands yeux noirs; on voyait qu'elle le comprenait. Mais malgré sa recommandation, après un instant de silence, elle essaya de parler encore et dit tout bas:
Le tambour... le petit tambour...»
Alors l'oncle, regardant le mauser, lui demanda:
«Comprenez-vous?»