Quand l'oncle eut disparu au coin de la rue, Lisbeth me demanda:

«Dis donc, Fritzel, est-ce que tu restes ici?

--Non, je vais voir le petit Hans Aden.

--Eh bien, écoute: puisque tu mets tes sabots, va donc chez le mauser me chercher du miel pour la Française; monsieur le docteur veut qu'on lui fasse une boisson avec du miel. Prends ton écuelle et va là-bas. Tu diras au mauser que c'est pour l'oncle Jacob. Voici l'argent.»

Rien ne me plaisait tant que d'avoir à faire des commissions, surtout chez le mauser, qui me traitait comme un homme raisonnable. Je pris donc l'écuelle et je sortis avec Scipio pour me rendre chez le taupier.

A l'auberge du Cruchon-d'Or, on entendait tinter les verres et les bouteilles; on chantait, on riait, les gens montaient et descendaient l'escalier. Un vendredi,[1] cela me parut extraordinaire; je m'arrêtai pour voir si c'était une noce ou un baptême, et comme je me tenais de l'autre côté de la rue, sur la pointe des pieds, regardant dans la petite allée ouverte, je vis, au fond de la cuisine, la silhouette étrange du mauser se pencher devant la flamme, son bout de pipe noire au coin des lèvres, et sa main brune qui posait une braise sur le tabac.

Un instant après, le mauser revint lentement dans l'allée sombre, lançant de grosses bouffées. Alors je lui criai:

«Mauser! mauser!»

Il s'avança jusqu'au bord de l'escalier, et me dit en riant:

«C'est toi, Fritzel?