«Bonnes nouvelles, madame Thérèse, s'écria l'oncle sur le seuil, bonnes nouvelles! J'arrive de Kaiserslautern, tout va bien là-bas.»

Madame Thérèse, assise sur son lit, le regardait toute pâle.

«Comment, monsieur le docteur, fit-elle, vous venez de Kaiserslautern?

--Oui, j'ai poussé jusque-là... J'ai tout vu... je me suis informé de tout, dit-il en souriant; mais je ne vous cache pas, madame Thérèse, que je tombe de fatigue et de faim.»

Il tirait ses grosses bottes, assis dans le fauteuil, et regardait Lisbeth mettre la nappe d'un oeil aussi luisant que celui de Scipio et le mien.

«Tout ce que je puis vous dire, s'écria-t-il en se relevant, c'est que la bataille de Kaiserslautern n'est pas aussi décisive qu'on le croyait, et que votre bataillon n'a pas donné;[1] le petit Jean n'a pas couru de nouveaux dangers.

--Ah! cela suffit, dit madame Thérèse, en se recouchant d'un air de bonheur et d'attendrissement inexprimables, cela suffit! Vous ne m'en diriez pas plus, que je serais déjà trop heureuse.[2] Réchauffez-vous, monsieur le docteur, mangez, ne vous pressez pas, je puis attendre maintenant.»

Lisbeth servait alors la soupe, et l'oncle, en s'asseyant, dit encore:

«Oui, c'est positif, vous pouvez être tranquille sur ces deux points. Tout à l'heure je vous dirai le reste.»

Bientôt cependant notre grande faim se ralentit. L'oncle but encore un bon coup, puis il alluma sa pipe, et se rapprochant de l'alcôve, il prit la main de madame Thérèse comme pour lui tâter le pouls, en disant: