«Madame Thérèse, écoutez, je suis fier d'avoir sauvé la vie d'une femme telle que vous. Que ce soit[1] parce que votre père était mort, ou pour toute autre raison que vous ayez agi de la sorte, c'était toujours grand, noble et courageux; c'était même extraordinaire, car des milliers d'autres femmes se seraient contentées de gémir; elles seraient tombées là sans force, et l'on n'aurait pu leur faire de reproches. Mais vous êtes une femme courageuse, et longtemps après avoir rempli de grands devoirs, vous pleurez lorsque d'autres commencent à oublier; vous n'êtes pas seulement la femme qui lève le drapeau d'entre les morts, vous êtes encore la femme qui pleure, et voilà pourquoi je vous estime.--Et je dis que le toit de cette maison, habitée autrefois par mon père et mon grand-père, est honoré de votre présence, oui, honoré!»
Ainsi parla l'oncle, gravement, en appuyant sur les mots, et déposant sa pipe sur la table, parce qu'il était vraiment ému.
Et madame Thérèse finit par dire:
«Monsieur le docteur, ne parlez pas ainsi, ou je serai forcée de m'en aller. Je vous en prie, ne parlez plus de tout cela.
--Je vous ai dit ce que je pense, répondit l'oncle en se levant, et maintenant je n'en parlerai plus, puisque telle est votre volonté; mais cela ne m'empêchera pas d'honorer en vous une douce et noble créature, et d'être fier de vous avoir donné mes soins. Et le commandant m'a dit aussi quel était votre père et quels étaient vos frères: des gens simples, naïfs, partis tous ensemble pour défendre ce qu'ils croyaient être la justice. Quand tant de milliers d'hommes orgueilleux ne pensent qu'à leurs intérêts, et, je le dis à regret, quand ils se croient nobles en ne songeant qu'aux choses de la matière,[1] on aime à voir que la vraie noblesse, celle qui vient du désintéressement et de l'héroïsme, se réfugie dans le peuple. Qu'ils soient Républicains ou non, qu'importe! je pense, en âme et conscience, que les vrais nobles à la face de l'Éternel sont ceux qui remplissent leur devoir.»
L'oncle, dans son exaltation, allait et venait dans la salle, se parlant à lui-même. Madame Thérèse, ayant essuyé ses larmes, le regardait en souriant et lui dit:
«Monsieur le docteur, vous nous avez apporté de bonnes nouvelles, merci, merci! Maintenant je vais aller mieux.
--Oui, répondit l'oncle en s'arrêtant, vous irez de mieux en mieux. Mais voici l'heure du repos; la fatigue a été longue, et je crois que ce soir nous dormirons tous bien. Allons, Fritzel, allons, Lisbeth, en route! Bonsoir, madame Thérèse.
--Bonne nuit, monsieur le docteur.»
Il prit la chandelle, et monta derrière nous.