«A quoi pensez-vous donc, madame Thérèse? lui dit-il, vous avez l'air plus triste que tout à l'heure.

--Je pense, monsieur le docteur, que, malgré les plus grandes souffrances, on est heureux de se sentir encore sur cette terre pour quelque temps, dit-elle d'une voix émue.

--Pour quelque temps? s'écria l'oncle, dites donc pour bien des années, car, Dieu merci, vous êtes d'une bonne constitution; d'ici à peu de jours, vous serez aussi forte qu'autrefois.

--Oui, monsieur Jacob, oui, je le crois, fit-elle; mais quand un homme bon, un homme de coeur vous a relevée d'entre les morts à la dernière minute, c'est un bien grand bonheur de se sentir renaître, de se dire: «Sans lui, je ne serais plus là!»

L'oncle alors comprit qu'elle contemplait le théâtre du terrible combat soutenu par son bataillon contre la division autrichienne; que toute la place étroite et sombre lui rappelaient les incidents de la lutte, et qu'elle savait aussi le sort qui l'attendait, si par bonheur il n'était survenu quand Joseph Spick allait la jeter dans le tombereau. Il resta comme étourdi de cette découverte, et seulement au bout d'un instant il demanda:

«Qui donc vous a raconté ces choses, madame Thérèse?

--Hier, pendant que nous étions seules, Lisbeth m'a dit ce que je vous dois de reconnaissance.[1]

--Lisbeth vous a dit cela! s'écria l'oncle désolé; j'avais pourtant bien défendu....

--Ah! ne lui faites pas de reproches, monsieur le docteur, dit-elle, je l'ai bien aidée un peu.... Elle aime tant à causer!»

Madame Thérèse souriait alors à l'oncle, qui, s'apaisant aussitôt, dit: