--Hé! vous aurez pris le chemin de la vallée, le docteur aura passé par le Waldeck et la montagne; il y a plus d'un chemin pour aller à Kaiserslautern.»

L'officier, sans répondre, sauta de son cheval; il entra dans notre chambre, poussa la porte de la cuisine et fit semblant de regarder à droite et à gauche; puis il ressortit et dit en se remettant en selle:

«Allons, voilà notre affaire faite; le reste ne nous regarde plus.»

Il se dirigea vers le Cruchon-d'Or, ses hommes le suivirent, et la foule se dispersa, causant de ces événements extraordinaires. Richter semblait confus et comme indigné, Spick nous regardait d'un oeil louche; ils remontèrent ensemble les marches de l'auberge, et Scipio, qui s'était tenu sur notre escalier, sortit alors en aboyant de toutes ses forces.

Les hussards se rafraîchirent au Cruchon-d'Or, puis nous les revîmes passer devant chez nous, sur la route de Kaiserslautern, et depuis nous n'en eûmes plus de nouvelles.

Lisbeth et moi nous pensions que l'oncle reviendrait à la nuit; mais quand nous vîmes s'écouler tout le jour, puis le lendemain et le surlendemain sans même recevoir de lettre, on peut s'imaginer notre inquiétude.

Scipio montait et descendait dans la maison; il se tenait le nez au bas de la porte du matin au soir, appelant madame Thérèse, reniflant et pleurant d'un ton lamentable. Sa désolation nous gagnait; mille idées de malheurs nous passaient par la tête.

Le mauser venait nous voir tous les soirs et nous disait:

«Bah! tout cela n'est rien; le docteur a voulu recommander madame Thérèse; il ne pouvait pas la laisser partir

avec les prisonniers, c'était contraire au bon sens; il aura demandé[1] une audience au feld-maréchal Brunswick, pour tâcher de la faire entrer à l'hôpital de Kaiserslautern.... Toutes ces démarches demandent du temps.... Tranquillisez-vous, il reviendra.»