Et se redressant :
« Tu ne te sers pas de cette carte, citoyen docteur, fit-il en allemand ; moi j’en ai besoin et je la mets en réquisition pour le service de la République. Allons, allons, réparation d’honneur ! Nous allons boire encore un coup pour cimenter les fêtes de la Concorde. »
On pense avec quel empressement Lisbeth descendit à la cave chercher une autre bouteille.
L’oncle Jacob avait repris son assurance. Le commandant, qui me regardait alors, lui demanda :
« C’est ton fils ?
— Non, c’est mon neveu.
— Un petit gaillard solidement bâti. Quand je l’ai vu tout à l’heure arriver à ton secours, cela m’a fait plaisir. Allons, approche », dit-il en m’attirant par le bras.
Il me passa la main dans les cheveux, et dit d’une voix un peu rude, mais bonne tout de même :
« Élève ce garçon-là dans l’amour des droits de l’homme. Au lieu de garder les vaches, il peut devenir commandant ou général comme un autre. Maintenant toutes les portes sont ouvertes, toutes les places sont à prendre ; il ne faut que du cœur et de la chance pour réussir. Moi, tel que tu me vois, je suis le fils d’un forgeron de Sarreguemines ; sans la République, je taperais encore sur l’enclume ; notre grand flandrin de comte, qui est avec les habits blancs, serait un aigle par la grâce de Dieu, et moi je serais un âne ; au lieu que c’est tout le contraire par la grâce de la Révolution. »
Il vida brusquement son verre, et fermant à demi les yeux avec finesse :