— Bonjour, commandant, dirent-ils en se retournant.

— Les postes sont relevés ?

— Oui, commandant.

— Rien de nouveau ?

— Rien, commandant.

— Dans une demi-heure on se remet en marche. Fais battre le rappel, Richer. Entre, Duchêne. »

L’un des officiers entra, l’autre passa sous le hangar et dit quelques mots à Horatius Coclès. Moi, je regardais le nouveau venu. Le commandant avait fait apporter une bouteille d’eau-de-vie ; ils en buvaient ensemble, lorsqu’une sorte de bourdonnement s’entendit dehors : c’était le rappel. Je courus voir ce qui se passait. Horatius Coclès, devant cinq tambours, dont le petit tenait la gauche, la canne en l’air, ordonnait le roulement. Tant que la canne fut levée, il continua. Les Républicains arrivaient de toutes les ruelles du village ; ils se rangeaient sur deux lignes, devant la fontaine, et leurs sergents commençaient l’appel. L’oncle et moi, nous étions émerveillés de l’ordre qui régnait chez ces gens ; à mesure qu’on les appelait, ils répondaient si vite, que c’était comme un murmure de tous les côtés. Ils avaient repris leurs fusils et les tenaient à volonté, sur l’épaule ou la crosse à terre.

Après l’appel, il se fit un grand silence, et plusieurs hommes, dans chaque compagnie, se détachèrent sous la conduite des caporaux, pour aller chercher le pain. La citoyenne Thérèse attelait alors sa mule à la charrette. Au bout de quelques instants, les escouades revinrent, apportant les miches dans des sacs et des paniers. La distribution commença.

Comme les Républicains s’étaient fait la soupe en arrivant, ils se bouclaient l’un à l’autre leur miche sur le sac.

« Allons ! s’écria le commandant d’un ton joyeux, en route ! »