Tout à coup la femme jeta un cri, et l’oncle dit d’un ton joyeux :

« La voici ! c’est une balle de pistolet. La malheureuse a perdu beaucoup de sang, mais elle en reviendra.

— C’est pendant la grande charge des uhlans qu’elle aura reçu cela, dit Koffel ; j’étais chez le vieux Kraëmer, au premier ; je nettoyais son horloge, et j’ai vu qu’ils tiraient en arrivant.

— C’est possible », répondit l’oncle, qui seulement alors eut l’idée de regarder la femme.

Il prit le chandelier de la main du mauser, et, debout derrière le lit, il contempla quelques secondes cette malheureuse d’un air rêveur.

« Oui, fit-il, c’est une belle femme et une noble tête ! Quel malheur que de pareilles créatures suivent les armées ! Ne serait-il pas bien mieux de les voir au sein d’une honnête famille, entourées de beaux enfants, auprès d’un brave homme, dont elles feraient le bonheur ! Quel dommage ! Enfin… puisque c’est la volonté du Seigneur. »

Il sortit, appelant Lisbeth.

« Tu vas chercher une de tes chemises pour cette femme, lui dit-il, et tu la lui mettras toi-même. — Mauser, Koffel, venez ; nous allons prendre un verre de vin, car cette journée a été rude pour tous. »

Il descendit lui-même à la cave, et en revint au moment où la vieille servante arrivait avec sa chemise. Lisbeth, voyant que la cantinière n’était pas morte, avait repris courage ; elle entra dans l’alcôve et tira les rideaux, pendant que l’oncle débouchait la bouteille et ouvrait le buffet pour y prendre des verres. Le mauser et Koffel paraissaient contents. Je m’étais aussi rapproché de la table encore servie, et nous finîmes de souper.

Le chien nous regardait de loin ; l’oncle lui jeta quelques bouchées de pain, qu’il ne voulut pas prendre.