Alors toute la bande rit de bon cœur, car tout le village savait que Richter était un avare.
Nous étions arrivés au bout de la grand’rue, devant la maison du père Adam Schmitt, un vieux soldat de Frédéric II, qui recevait une petite pension pour acheter son pain et son tabac, et de temps en temps du schnaps[6].
[6] Eau-de-vie.
Adam Schmitt avait fait la guerre de Sept ans et toutes les campagnes de Silésie et de Poméranie. Maintenant il était tout vieux, et depuis la mort de sa sœur Rœsel, il vivait seul dans la dernière maison du village, une petite maison couverte de chaume, n’ayant qu’une seule pièce en bas, une au-dessus et le toit avec ses deux lucarnes. Elle avait aussi son hangar sur le côté, derrière un réduit à porcs, et vers le village, un petit jardin entouré de haies vives, que le père Schmitt cultivait avec soin.
L’oncle Jacob aimait ce vieux soldat ; quelquefois, en le voyant passer, il frappait à la vitre et lui criait : « Adam, entrez donc ! »
Aussitôt l’autre entrait, sachant que l’oncle avait du véritable cognac de France dans une armoire, et qu’il l’appelait pour lui en offrir un petit verre.
Nous fîmes donc halte devant sa maison, et Frantz Sépel, se penchant sur la haie, nous dit :
« Regardez-moi ce traîneau. Je parie que le père Schmitt nous le prêtera, pourvu que Fritzel entre hardiment, qu’il mette la main à côté de l’oreille du vieux, et qu’il dise : « Père Adam, prêtez-nous votre schlitte ! » Oui je parie qu’il nous le prêtera, j’en suis sûr ; seulement il faut du courage. »
J’étais devenu tout rouge ; d’un œil je regardais le traîneau, et de l’autre la petite fenêtre à ras de terre. Tous les camarades, au coin de la maison, me poussaient par l’épaule en disant :
« Entre, il te le prêtera !