—Si l'on ne te demandait seulement qu'à les aider en ayant l'air de les persécuter... comprends-tu?

—Je commence.

—Que ferais-tu?

—Je n'en sais rien.

—Allons donc! s'écria Diégo avec emportement; puis baissant la voix il ajouta: Est-ce que tu vas vouloir jouer au républicain avec moi? Est-ce que tu vas continuer ton rôle de patriote? Niaiserie que tout cela!... Tu es homme d'esprit; tu te moques pas mal des principes de la République, pourvu que tu en retires des avantages. Si tu t'es fait révolutionnaire comme tous les autres, c'est parce que tu ne pouvais pas être noble! Tu tues les aristocrates pour t'enrichir de leurs dépouilles! Est-ce que tu crois que je ne connais pas l'histoire des rançons?

—Je défends la République! répondit Carrier en pâlissant de colère.

—Oui, tu la défends, comme dans les Abruzzes je défendais l'asile où étaient entassées mes richesses. Tu l'aimes comme on aime ses vices.

—Citoyen Fougueray!...

—Tu vas me menacer de me faire arrêter?

—Oui, si tu continues! s'écria le proconsul devenu furieux en se voyant démasqué.