—Je sais qu'ils n'y étaient pas hier soir, madame, mais ils peuvent bien être venus cette nuit; aussi, pour plus de précaution, ai-je donné l'ordre de ne pas laisser accoster le canot.

—Et si ce sont des amis?

—Ils se feront reconnaître.

—Tenez! je crois entendre le bruit des rames.

—Vous ne vous trompez pas, madame, répondit Bervic en quittant la religieuse pour monter sur le bastingage.

Puis, portant la main à son sifflet et le sifflet à ses lèvres, il en tira un son aigu accompagné de modulations. Tous les hommes de quart se précipitèrent vers les carabines suspendues au pied du grand mât et s'en saisirent vivement. Trois matelots s'approchèrent d'une caronade. Les deux servants se mirent de chaque côté de l'affût mobile, l'un un goupillon, l'autre un refouloir à la main, puis le chef de pièce pointa le petit canon dans la direction de la chaloupe qui semblait vouloir accoster le lougre.

Alors se reculant et se plaçant de côté, il prit une mèche allumée et attendit.

—Tout est paré! dit-il en s'adressant à Bervic.

—Bien! répondit le vieux maître d'équipage.

Un profond silence se fit à bord du navire et suivit ce court échange des paroles sacramentelles que nous venons de transcrire. La religieuse s'était remise à prier avec une ferveur nouvelle. On entendait alors très distinctement le bruit des avirons criant sur le bordage de l'embarcation inconnue dont on distinguait nettement l'ombre sur les flots et le sillage plus clair. Bervic jeta un coup d'œil rapide autour de lui, et, assuré que tous ses hommes étaient à leur poste et prêts au combat, il se pencha alors sur le bastingage de l'arrière.