—Pourquoi donc? demanda Marcof.
—Regardez nos habits.
—Eh bien?
—Le premier rustre qui nous rencontrera nous appellera chouans. Je crois, Dieu me damne! que nous avons même conservé tous trois la cocarde noire!
—Vous dites vrai.
—Si nous entrons à Nantes avec ce costume-là, nous ne ferons pas trois pas dans la ville sans être arrêtés, incarcérés et tout ce qui s'en suit. Qu'en penses-tu, mon gars? continua Boishardy en s'adressant à Keinec qui demeurait sombre et silencieux.
Le jeune homme releva la tête.
—Je pense, répondit-il, que j'entrerai à Nantes n'importe sous quel costume, mais que j'y entrerai.
—Pardieu! nous aussi nous entrerons. La question n'est pas là! Pour moi, je trouverais par trop innocent d'aller se jeter ainsi dans la gueule de ce Carrier que Dieu confonde!
—J'ai prévu tout cela, interrompit Marcof; ne vous inquiétez de rien. Nous nous arrêterons à Saint-Étienne pour laisser souffler nos chevaux; là nous trouverons un ami qui nous fournira trois vêtements complets de sans-culottes: nous serons méconnaissables!