Deux d'entre eux, les plus grands (ils pouvaient avoir de douze à treize ans), en étaient déjà venus aux coups à propos d'un habit couleur tabac d'Espagne garni de boutons d'acier. Évidemment les deux drôles avaient fait main basse sur les hardes que se réservait l'exécuteur; car l'habit qui formait le principal sujet de contestation était trop frais et trop neuf encore pour avoir été dédaigné par monsieur de Nantes, comme on disait sous l'ancien régime.

Dans la lutte dont il était l'objet, le prix du combat avait eu à souffrir de nombreux accidents. Une manche était restée entre les mains de l'un des deux antagonistes, tandis que l'autre gamin brandissait les basques au bout d'un bâton; mais ce qui causait la dispute, c'était la partie du vêtement où se trouvait la garniture de boutons.

—Veux-tu lâcher, Bertrand! hurlait l'un des combattants, en tirant à lui le restant de l'habit que son compagnon venait de saisir.

—Non! je ne lâcherai pas! répondait l'autre sans lâcher prise, et en se cramponnant des deux mains au fragment qu'il serrait de toutes ses forces.

—Ah! tu ne veux pas lâcher?

—Non!

—Dis-le voir encore?

—Non! non! non! Entends-tu, grand imbécile?

—Tiens!...

Ici, Bertrand reçut un coup de poing qui fit jaillir le sang de son nez, lequel enfla subitement et menaça de prendre des proportions gigantesques.