—Je comprends que tu es un aristocrate!
—Bah! tu crois?
—Oui.
—Eh bien! crois-le!
—Va, tu feras connaissance avec la guillotine!
—Bah! l'acier du rasoir qui doit me couper la tête n'est pas encore trempé!
Marcof parlait ainsi en se laissant peu à peu entraîner par le sang qui bouillonnait dans son cerveau. Il savait n'avoir affaire qu'à sept ennemis. Or, il avait deux compagnons braves et forts. Peu lui importait donc une lutte; mais cependant il se contenait encore, ne voulant rien brusquer avant que Brutus n'envoyât chercher Fougueray.
Brutus, de son côté, lâche comme tous ses semblables, voulait agir seulement sur des hommes sans défense. La vigueur dont Keinec avait fait preuve l'effrayait à juste titre. Déjà le jeune homme se soulevait sur son siège, et l'on sentait que sur un seul geste de Marcof, il allait prendre part à l'action qui commençait à s'engager. Brutus comprit que le moment n'était pas venu, et il profita de la venue de maître Nicoud, lequel entrait en ce moment portant des verres et des bouteilles, pour passer une partie de sa colère.
—Arrive donc! cria-t-il d'un ton menaçant; tu te donnes des airs de faire attendre des sans-culottes de la «compagnie Marat!» Décidément tu tournes à l'aristocrate, et ça ne peut pas durer longtemps!
Le pauvre cabaretier déposa sur la table ce qu'il portait dans ses mains et se retira sans répondre. Cependant, arrivé à la porte, il se retourna et s'adressant à Brutus: