—Pendant ce temps Keinec va se rendre à l'auberge où nous avons laissé nos chevaux; nous pouvons en avoir besoin.

Boishardy fit un geste d'assentiment. Marcof tira sa bourse de sa poche et la tendit à Keinec.

—Va vite, mon gars, dit-il au jeune homme. Paie la dépense; et si l'on s'inquiète des taches de sang qui couvrent tes habits, tu répondras que tu as été près de la guillotine.

—On ne s'en inquiétera pas, répondit Keinec; le costume que je porte en ce moment n'en est que plus exact.

—C'est juste. Va et fais promptement. Tu nous retrouveras ici.

Keinec examina l'amorce de ses pistolets, raccrocha la hache à sa ceinture et s'élança au dehors. Boishardy et Marcof restèrent seuls. Ils repoussèrent du pied ceux des cadavres qui les gênaient, et, prenant des sièges, ils se disposèrent à attendre l'arrivée du citoyen Fougueray.


[XVIII]

[MAÎTRE NICOUD]

Lorsque, sur l'ordre de Brutus, maître Nicoud avait quitté son auberge, il s'était rapidement dirigé vers la demeure de Carrier afin d'accomplir la mission dont il était chargé. Il devait, lui avait dit le sans-culotte, prévenir le citoyen Fougueray que des amis l'attendaient au cabaret du quai de la Loire. Nicoud atteignit promptement Richebourg et trouva, devant la maison du proconsul, les sentinelles ordinaires qui l'empêchèrent de passer. Il demanda le chef du poste. Celui-ci le renvoya à Pinard, qui avait la haute main sur la garde de la maison de Carrier. Pinard était précisément dans la cour de la maison. Nicoud l'aborda et lui demanda la permission de parler au citoyen Fougueray.