Ivre de sang et de carnage, il frappait sans plus se soucier des coups qui lui étaient portés. Sa carmagnole pendait en lambeaux.

Par un hasard providentiel il n'était pas encore blessé; mais il allait être écrasé par le nombre. Sept cadavres de ses adversaires lui servaient de rempart. Déjà ses genoux fléchissaient, un nuage de sang passa sur ses yeux. Il allait tomber en arrière lorsqu'il se sentit enlever de terre et jeter de côté par deux bras nerveux. Deux éclairs brillèrent au-dessus de sa tête, deux détonations retentirent simultanément, et deux sans-culottes roulèrent sur les dalles qui pavaient le corridor. Puis un fer de hache en abattit deux autres. C'était Boishardy qui, l'œil en feu, frappait à son tour.

Le gentilhomme, dévoré d'impatience, avait attendu néanmoins le retour de Keinec; mais dès que le jeune Breton était arrivé, portant toujours Pinard inanimé sur ses épaules, le brave royaliste lui avait impérativement commandé de prendre sa place à la garde des chevaux, et s'était élancé au secours de son ami.

Il y avait une telle similitude de bravoure, d'audace, de force et d'adresse entre Marcof et Boishardy, que les sans-culottes, trompés encore par l'apparence de la taille et par l'aspect du costume, ne s'aperçurent pas tout d'abord de la substitution d'adversaire qui venait d'avoir lieu. Les plus hardis reculèrent devant cette nouvelle attaque impétueuse. Près de la moitié de la bande avait déjà succombé. Il étaient nombreux encore néanmoins; mais une sorte de terreur panique s'empara d'eux en voyant Marcof qui se relevait et revenait plus terrible.

Ils crurent à l'arrivée subite d'une troupe entière de royalistes. Les misérables prirent la fuite par le verger.

Marcof bondit pour les poursuivre; mais Boishardy l'arrêta d'une main ferme. Sans mot dire, il l'entraîna dans la direction des chevaux. En ce moment Keinec, dévoré par la rage de l'inaction à laquelle Boishardy l'avait contraint, Keinec arrivait avec les chevaux. Pinard, pieds et poings liés, était couché en travers sur l'encolure de celui que montait son gardien. Marcof et Boishardy se mirent en selle, et partirent au galop. La rapidité de la course rafraîchit le sang du marin. Son cerveau se dégagea et il secoua la tête.

—Oh! j'en ai bien tué! furent ses premières paroles.

—Oui! répondit joyeusement le gentilhomme. La nuit a été bonne, et la compagnie Marat en garde mémoire! Vous n'êtes pas blessé, au moins?

—Je ne crois pas.

—A la bonne heure! Et toi, Keinec?