—C'est juste. Demain nous rentrerons dans la ville.
—Oui, et nous sauverons Philippe, car maintenant je réponds du succès. Pinard est le bras droit de Carrier; Pinard fait tout et sait tout à Nantes; Pinard fouille les prisons à son gré, condamne ou absout suivant sa fantaisie; Pinard nous donnera tous les renseignements nécessaires, et Pinard nous procurera les moyens d'enlever Philippe de cette caverne de bandits.
—S'il ne voulait pas parler?
—Lui? Il a essayé une fois de refuser de me répondre quand je voulais l'interroger. Demandez à Keinec si j'ai su lui délier la langue? Le scélérat doit encore porter les marques de ma colère! Oh! il parlera, cela ne m'inquiète pas!
Tandis que Marcof répondait ainsi aux questions du chef royaliste, Pinard était peu à peu revenu de l'étourdissement causé par le coup de poing du jeune Breton.
La situation était trop tendue et trop critique pour que la mémoire lui fît défaut et que la présence d'esprit ne lui revînt pas en même temps que la conscience de l'existence. Il entr'ouvrit les yeux, il vit au-dessus de sa tête le buste athlétique de Keinec, à sa droite et à sa gauche Marcof et Boishardy galopant rapidement, et, n'essayant pas de tenter un seul mouvement qui pût déceler qu'il eût repris connaissance, il demeura dans une immobilité complète, obéissant comme une masse inerte aux secousses que l'allure du cheval sur le cou duquel il était attaché donnait à son corps.
—Ah çà! demanda tout à coup Boishardy en se retournant vers Marcof, lorsque vous aurez tiré de lui ce que nous en voulons, qu'est-ce que vous en ferez?
—Je ne sais encore, répondit le marin.
—Vous ne le tuerez donc pas comme un chien qu'il est?
Un léger frémissement agita convulsivement le corps du sans-culotte. Le misérable attendait avec une anxiété horrible la réponse de son ennemi, qui paraissait hésiter; Pinard tenait à la vie.