Bientôt les maisons de Saint-Étienne se détachèrent sur les nuages gris qui couraient au-dessus de leurs têtes, et, quittant les landes de bruyères, ils entrèrent dans la petite ville, qui paraissait plongée dans un profond sommeil. Ils tournèrent les premières maisons sans ralentir leur allure; puis, mettant brusquement leurs chevaux au pas, ils s'avancèrent vers une ruelle étroite dans laquelle l'obscurité semblait plus profonde encore.
Marcof sauta à terre et heurta doucement à une porte située au rez-de-chaussée d'une humble maison ayant toute l'apparence d'une modeste ferme bretonne. On veillait sans doute à l'intérieur, malgré l'heure avancée de la nuit, car la porte s'ouvrit aussitôt. Un vieillard, tenant à la main un flambeau, parut sur le seuil. En apercevant le marin et ses compagnons, sa physionomie exprima la joie la plus vive.
—Vous avez donc réussi? dit-il.
—Pas précisément, répondit Marcof; mais nous avons bon espoir, mon brave Kérouac.
—Grand Dieu! s'écria le vieillard en remarquant le désordre des vêtements des trois cavaliers et le sang dont ils étaient couverts; grand Dieu! seriez-vous blessés?
—Non pas, tonnerre!
—Vous vous êtes battus cependant?
—Et vigoureusement, je te le jure! Mais entrons vite; nous te raconterons la chose en détail. Pour le moment il s'agit de transporter chez toi le prisonnier.
—Un prisonnier!
—Fait à Nantes cette nuit même.