—Que devons-nous faire pour nous emparer de ces brigands?

—Mettre toute la police sur pied; donner le signalement de Marcof; je vais l'écrire. Fouiller Nantes jusque dans les moindres cachettes de ses plus humbles demeures; faire donner l'ordre de veiller attentivement aux portes de la ville, arrêter tous ceux qui inspireraient le plus léger doute. En un mot, redoubler d'attention et de rigueur.

—C'est facile, répondit Carrier; je vais faire faire des arrestations sur une grande échelle; par exemple, il faudra nous hâter de vider les prisons, augmenter le nombre des baignades et des mitraillades, car du diable si je sais où fourrer un prisonnier. Les dépôts regorgent! Enfin, n'importe! on trouvera un moyen! Je vais faire arrêter, arrêter quand même, arrêter en masse, arrêter sans trêve, sans relâche, et on exécutera tous ces brigands! Dans le nombre, nous aurons bien la chance de nous débarrasser de quelques-uns de ceux qui conspirent contre la République!

Fougueray regardait Carrier avec une sorte de stupéfaction. Tout scélérat qu'il fût, il avait peine à comprendre que la manie du meurtre pût être portée à un point aussi épouvantable. Il contemplait avec stupeur cet homme qui parlait d'arrêter, de noyer, de mitrailler, avec un calme, un sang-froid qui décelaient l'indifférence de son âme et le peu de trouble que ressentait sa conscience.

—Mais, fit observer l'Italien, as-tu le droit d'arrêter ainsi sans preuves, sans indices de culpabilité?

—Ce droit-là, je le prends, répondit le proconsul.

Puis, haussant les épaules et présentant à Fougueray une feuille imprimée placée sur le bureau, il ajouta en souriant:

—D'ailleurs, lis la loi contre les suspects, et tu verras qu'on peut arrêter tout le monde. Tiens, écoute ce décret.

Et il lut à haute voix, en soulignant pour ainsi dire chacune des phrases:

«Doivent dorénavant être considérés comme suspects et mis en état d'arrestation et d'incarcération: