—Sans doute.
—Voyons-la!
—Tiens; relis-la moi.
Et Carrier tendit à Diégo une feuille de papier soigneusement pliée que l'Italien prit avec une mauvaise humeur évidente.
Il l'ouvrit et lut ce qui suit:
«Citoyen représentant,
«Tu as dû apprendre que j'étais tombé, la nuit dernière, entre les mains des brigands qui avaient pénétré dans Nantes. J'ai enduré les tortures qu'il leur a plu de me faire subir, et j'ai dû me montrer digne de toi. Aussi le hasard m'a-t-il protégé. J'ai pu retrouver, parmi ces aristocrates maudits, deux braves patriotes qui les suivaient à contre-cœur. Nous nous sommes compris; les instants étaient précieux; nous avons agi sans retard.
«A l'heure où je t'écris, je suis libre, mais je suis obligé de me cacher jusqu'à la nuit prochaine. Alors j'arriverai à Nantes avec les deux patriotes qui m'ont sauvé. Les brigands seront punis de leur infamie, car j'ai découvert le secret de leur retraite.
«Envoie donc à dix heures du soir la compagnie Marat à la porte qui avoisine l'Erdre. Je la rejoindrai là, et cette nuit même je m'emparerai de deux chefs: Marcof et Boishardy. Demain tu les auras en ton pouvoir. Je compte sur toi pour agir vigoureusement.
«Salut et fraternité,