La belle marchande laissa la porte se refermer, le citoyen disparaître, puis, s'élançant hors de son comptoir, elle courut à son arrière-boutique. Un homme blotti dans un coin obscur s'avança vers elle.

—Eh bien! dit l'homme, qu'est-ce que celui-là?

—Un républicain comme moi, répondit la marchande; il a des façons de gentilhomme, il ne s'est pas formalisé de l'absence du tutoiement, et il a souri lorsque j'ai prononcé à demi le nom de la feue reine.

—Mais comment se nomme-t-il?

—Je l'ignore, répondit madame Carbagnolles; il n'a pas voulu dire son nom; mais en revanche, il s'est qualifié d'envoyé du Comité de Salut public de Paris.

—Un envoyé du Comité de Salut public, madame Rosine? répéta vivement l'inconnu. Vous êtes certaine de ce que vous dites?

—J'ai écrit ce titre sous sa dictée.

L'homme fit un geste énergique, puis faisant rapidement quelques pas dans la chambre, il s'arrêta en se frappant le front.

—Un envoyé du Comité de Salut public de Paris, murmura-t-il; mais il doit être tout-puissant à Nantes! Il doit entrer et sortir des prisons à son gré! D'ailleurs il peut, dans tous les cas, devenir un otage précieux! Il faut que je devienne maître de cet homme!

Et l'homme s'avança vers la porte. La marchande l'arrêta.