—Pour mieux réussir.

—Je ne vous comprends pas.

—Écoutez-moi alors, Marcof, et vous allez comprendre. J'avais pensé, et cela était indubitable, que Pinard serait reconnu à son entrée dans la ville. Or, Pinard reconnu, il devait d'abord voir Carrier, et, au besoin, ses amis l'y auraient conduit de force. Qu'eussions-nous pu faire, alors? Nous battre? Aurions-nous pu pour cela sauver Philippe? Non, n'est-ce pas?

—Cela est vrai! répondit Marcof.

—Tandis qu'en adressant à Carrier la lettre dont vous parlez, poursuivit M. de Boishardy, en le prévenant de l'arrivée de Pinard et surtout, en lui indiquant une heure que nous devions devancer, notre tranquillité provisoire était assurée, et de notre tranquillité présente dépend la réussite de nos projets. Enfin, mon cher, nos affaires de la nuit dernière m'ont mis en goût de bataille. J'ai pensé que nous pourrions tirer parti de la recommandation faite au représentant d'envoyer un détachement de sans-culottes à la porte de l'Erdre.

—Je comprends! s'écria Marcof; l'ordre que vous avez donné ce matin à Kérouac est une conséquence de tout ceci.

—Sans doute.

—Il est allé au placis?

—Oui. Ce soir, à onze heures, Fleur-de-Chêne et une partie de nos gars seront embusqués sur la route de Saint-Nazaire.

—De sorte qu'à un moment donné, nous exterminerons les sans-culottes, qui croient marcher à une victoire facile.