—Parce qu'il a ses raisons. Que t'importe? Pourvu que nous nous battions c'est tout ce qu'il te faut; et nous nous battrons parfaitement. Si tu en doutes, demande à Pinard; il sait ce que nous pouvons faire....
Tout en parlant ainsi, Marcof s'était peu à peu rapproché du proconsul. Sa main droite jouait avec le manche de son poignard. Une pensée rapide venait de traverser son cerveau. Carrier était là, en face de lui, à portée de son bras terrible. Marcof fit encore un mouvement, mais il s'arrêta.
Une hésitation effrayante se lisait sur sa physionomie expressive. En une seconde, toute la honte de l'action qu'il allait commettre se révéla à lui. Lui, l'homme de guerre, le soldat, le marin, lui habitué à frapper ses ennemis en face, lui Marcof enfin, lever son bras armé sur un être sans défense, tuer dans l'ombre comme un bandit, assassiner un homme, quel qu'il fût, qui se livrait à ses coups sans défiance, n'était-ce pas l'action d'un lâche qu'il allait accomplir? Marcof recula.
Carrier ne se doutait pas du danger momentané qu'il venait de courir. Pinard, profitant du moment d'hésitation du marin, s'était avancé peu à peu vers la porte, lorsque Marcof releva brusquement la tête. Du geste il rappela près de lui le sans-culotte.
—Écoute, lui dit-il. A toi à parler au citoyen Carrier. Raconte-lui ce que je veux faire et ce que je demande.
—Ah! tu demandes quelque chose? interrompit le proconsul.
—Oui.
—Si c'est de l'argent, je t'avertis que la République est pauvre.
—Je ne veux pas d'argent.
—Que veux-tu donc?