—Beaucoup.
—Eh bien, cela pourra se faire.
—Ce soir?
—Je n'y vois pas d'inconvénient.
—Donne l'ordre alors de nous laisser passer. On nous a refusé l'entrée des prisons.
—Écris-le, je vais signer.
Et Carrier désigna du geste le bureau sur lequel se trouvaient papier, plumes et encre. Marcof se dirigea vers le meuble, attira un siège, prit place, et posa la main sur une feuille ornée de l'en-tête républicain. Pinard étouffa un soupir de joie. Son œil vitreux s'éclaircit brusquement, et il fit un pas en arrière. Marcof lui tournait le dos, et Carrier placé entre eux assurait encore sa retraite. Alors le lieutenant de la compagnie Marat s'avança silencieusement vers la porte; profitant du moment de liberté que lui avait imprudemment laissé le marin, il allait fuir, il allait s'élancer au dehors. Déjà il étendait la main pour saisir le bouton de la porte. Une seconde encore et c'en était fait de Marcof; car la liberté de Pinard c'était la mort immédiate du frère de Philippe de Loc-Ronan.
Marcof avait pris une plume et allait la tremper dans l'encrier; l'accomplissement de cet acte si simple allait peut-être lui coûter la vie.... Par bonheur, le tapis ne couvrait pas toute l'étendue du plancher de la pièce; un craquement d'une feuille du parquet sur lequel Carfor posa le pied, cependant avec une précaution extrême, rappela le marin à la situation présente. D'un seul bond il fut debout, et sa main saisit la crosse d'un pistolet. Pinard vit le geste, le comprit à merveille, et revint sur ses pas en affectant une tranquillité d'esprit qui était loin de son âme. Carrier n'avait rien vu, rien deviné; il songeait à Fougueray qui manquait l'heure du rendez-vous, et dont il cherchait à s'expliquer l'absence.
—Eh bien? fit-il en voyant Marcof se lever.
—Je ne sais pas écrire, dit le marin. Que Pinard prenne la plume.