—Tu ne répondras plus?

Hermosa garda le silence.

—Allons, continua Marcof, il faut que je te raconte une petite histoire. Tu vois ce digne Pinard qui est là, assis près de moi. Cette nuit, nous étions ensemble à quelques lieues de Nantes. J'avais à lui parler d'affaires, et j'étais venu le chercher hier. Eh bien! lui aussi ne voulait pas parler. Sais-tu ce que j'ai fait? Le moyen est des plus simples, mais il est infaillible. J'ai fait chauffer à blanc une petite plaque de tôle et je l'ai appliquée sur l'épaule droite du citoyen. La chair a crié, la plaque s'est enfoncée, et lorsque je l'ai enlevée, elle emportait avec elle la peau et laissait l'épaule à vif. Alors j'ai fait scier une étrille d'écurie et j'en ai appliqué un morceau du côté des piquants, bien entendu, sur la brûlure. Puis, j'ai fait attacher solidement l'étrille sur la plaie. En posant seulement le doigt dessus, je fais de Pinard tout ce que je veux; en ce moment, je n'ai qu'un geste à accomplir pour le voir tomber à genoux et demander grâce!

—Que m'importe! dit Hermosa; me crois-tu en ton pouvoir?

—Je ne dis pas cela précisément; mais ce qui est incontestable, c'est que je puis te brûler la cervelle avec ce pistolet.

—Tu ne le ferais pas!

—Pourquoi donc?

—Parce que ce serait assurer ta mort.

—On ne tue pas Marcof comme cela. J'ai encore un poignard et un autre pistolet; c'est plus qu'il n'en faut pour profiter de la surprise que causera ta mort.

—Mais que me veux-tu donc? dit la courtisane dominée complètement par son interlocuteur dont elle connaissait l'audace à toute épreuve.