—Le reste est facile à comprendre, reprit Marcof. Une fois à Paris, les bandits dissipèrent promptement leur fortune. Ils se souvinrent alors de la beauté d'Hermosa. Le marquis de Loc-Ronan fut la première proie qui tomba dans leurs filets.
—Et ces monstres sont morts? demanda Marie-Augustine.
—Oui, mademoiselle. Le premier, Raphaël, fut empoisonné par ses deux complices. Hermosa, elle, tomba frappée par une balle qui m'était destinée, et Diégo fut tué par M. de Boishardy, dont je vous ai souvent parlé.
—Justice du ciel! murmura mademoiselle de Fougueray, tes décrets sont inévitables.
Il y eut un moment de silence. Marie-Augustine semblait absorbée dans de sombres réflexions. Enfin, elle fit un effort pour s'arracher aux pensées qui assombrissaient son doux visage, et s'adressant à Marcof:
—Ainsi, dans quelques heures, je vais connaître le marquis de Loc-Ronan? demanda-t-elle, tandis que son regard errait sur la côte voisine.
Le lougre doublait en ce moment le port militaire, et mettait le cap sur Algésiras. Les maisons de Gibraltar apparaissaient sur la droite, accrochées à la base du rocher dénudé.
—Dans moins d'une heure, mademoiselle, répondit le marin, vous serez près du marquis et de sa digne femme.
—Elle a quitté le voile?
—Pas encore; mais je veux qu'elle vous doive le bonheur de reprendre le nom de son époux.