Après avoir donné rapidement connaissance du procès, il en arriva aux lignes suivantes:
«...Séance du 25 frimaire an III de la République française une et indivisible.
«Après de longs débats, après une défense habilement conçue, le représentant du peuple Carrier, sur la déclaration de nombreux témoins, dont les paroles ont fait plus d'une fois frémir l'auditoire, a été déclaré coupable d'avoir donné des ordres d'exécution, sans jugement préalable, signés de lui, et que le tribunal lui représente.
«Deux de ses coaccusés, le citoyen Pinard et le citoyen Grandmaison, l'un comme lieutenant de la compagnie Marat, l'autre comme membre du comité du département, convaincus de complicité avec le citoyen représentant, sont également déclarés coupables.
«En conséquence, les accusés Carrier, Pinard et Grandmaison sont condamnés à la peine de mort.
«Les autres accusés, considérés comme instruments passifs, sont renvoyés purement et simplement, déclarés innocents des crimes reprochés aux trois premiers.»
—Ainsi, s'écria Marcof en s'interrompant, ce misérable Carfor n'avait pas été tué par moi, comme je l'espérais. Je l'avais cependant vu tomber, et ma balle l'avait atteint à la tête.
—Mon Dieu! dit Marie-Augustine, qui donc avait pu pousser cet homme au crime?
—Rien autre que ses propres instincts, répondit Jahoua. J'ai connu jadis ce Ian Carfor en Bretagne. Avant d'être berger, sorcier et espion, il avait été garçon de ferme chez mon père. Obéissant à ses vices épouvantables, il avait volé et laissé accuser un pauvre gars innocent. Ce fut moi qui découvris son crime et qui avertis mon père. Un hasard me fit surprendre Carfor au moment où il accomplissait un nouveau vol. Chassé honteusement de la ferme, il me voua une haine mortelle. Trop lâche pour me braver ouvertement, il chercha à exploiter la haine d'un ami.
—La mienne, interrompit Keinec. Le monstre m'avait conduit à commettre un assassinat, et Dieu sait ce qui serait arrivé sans l'intervention de Marcof!