—Enfants, leur dit-il d'une voix grave; enfants, vous avez entendu? Vous n'avez pas le droit de refuser. Keinec l'ordonne.... Le prêtre vous attend au pied des autels, venez; et nous prierons le Seigneur pour qu'il envoie l'oubli à l'un, le bonheur aux autres, le calme et le repos à tous.
A neuf heures, les cloches de la chapelle sonnaient à toutes volées pendant la bénédiction nuptiale.
Yvonne et Jahoua, courbés religieusement devant l'autel, échangeaient leur foi en présence du marquis, de Julie, de mademoiselle de Fougueray et du vieux Jocelyn.
A l'instant où le prêtre officiant élevait, en s'agenouillant, le divin calice, un navire doublait la pointe de Tarifa et longeait les côtes du Maroc.
Ce navire naviguait sous le pavillon de la vieille monarchie française: c'était le lougre le Jean-Louis.
Deux hommes, à l'arrière, laissaient errer leurs regards sur l'azur de la mer.
—Keinec, disait l'un, jadis je t'avais proposé de devenir mon second; aujourd'hui tu me le demandes, la moitié de ce que j'ai t'appartient. Tu as perdu ta fiancée, mais tu as retrouvé un père. Viens dans mes bras, enfant, et sois fort, car ton cœur est grand! Le passé porte le voile des veuves, l'avenir celui des vierges. Derrière nous les souvenirs, devant nous l'immensité de l'espérance. La main de Dieu sait mettre un baume sur chaque blessure! Espère et regarde en avant!
FIN
NOTES:
[1] Obéissant était le nom de guerre de M. de Cormatin.