Charette, La Rochejacquelein, La Bourdonnaie, de Lescure, d'Elbée, Bonchamp, Dommaigné, Boishardy, Cormatin, Chantereau, se mirent rapidement à la tête des révoltés, les uns habitant la Vendée, les autres arrivant à la hâte de Bretagne. Les ordres de rassemblement, distribués de tous côtés, portaient:
«Au saint nom de Dieu, de par le roi, la paroisse de *** se rendra tel jour, à tel endroit, avec ses armes et du pain.»
Là, on s'organisait par compagnie et par clocher. Chaque compagnie choisissait son capitaine par acclamation: c'était d'ordinaire le paysan connu pour être le plus fort et le plus brave. Tous lui juraient l'obéissance jusqu'à la mort. Ceux qui avaient des chevaux formaient la cavalerie. L'aspect de ces troupes était des plus étranges: c'étaient des hommes et des chevaux de toutes tailles et de toutes couleurs; des selles entremêlées de bâts; des chapeaux, des bonnets et des mouchoirs de tête; des reliques attachées à des cocardes blanches, des cordes et des ficelles pour baudriers et pour étriers. Une précaution qu'aucun n'oubliait, c'était d'attacher à sa boutonnière, à côté du chapelet et du sacré cœur, sa cuiller de bois ou d'étain. Les chefs n'avaient guère plus de coquetterie: les capitaines de paroisse n'ajoutaient à leur costume villageois qu'une longue plume blanche fixée à la Henri IV sur le bord relevé de leur chapeau.
La masse des combattants vendéens se divisait en trois classes. La première se composait de gardes-chasse, de braconniers, de contrebandiers, tous ayant une grande habitude des armes, pour la plupart tireurs excellents, et en grande partie armés de fusils à deux coups et de pistolets. C'était là le corps des éclaireurs, l'infanterie légère, les tirailleurs. Sans officiers pour les commander, ils faisaient la guerre comme ils avaient fait la chasse au gibier ou aux douaniers. Leur tactique était simple: se porter rapidement le long des haies et des ravins sur les ailes de l'ennemi et les dépasser. Alors, se cachant derrière les plus légers obstacles, ne tirant qu'à petite portée, et, grâce à leur adresse, abattant un homme à chaque coup, ils devenaient pour les troupes républicaines des assaillants aussi dangereux qu'invisibles. Souvent une colonne se voyait décimée sans qu'il lui fût permis de combattre l'ennemi qui l'accablait.
Quinze ans plus tard, les soldats de l'empire retrouvaient dans la Catalogne un pendant à cette guerre d'extermination. Les guérilleros avaient plus d'un point de ressemblance avec les Vendéens.
La seconde classe de l'armée royaliste était celle formée par les paysans les plus déterminés et les plus exercés, militairement parlant, au maniement du fusil. C'était la cohorte des braves, le bataillon sacré toujours en avant, toujours le premier dans l'attaque et le dernier dans la retraite. Tandis que la majorité d'entre eux se dressait en muraille inébranlable en face de l'armée républicaine, une partie soutenait les tirailleurs, et tous attaquaient sur la ligne l'ennemi; mais seulement lorsque les ailes commençaient à plier.
Une compagnie de ce bataillon portait le nom terrible et symbolique de «le Vengeur». Rendus promptement illustres par leurs exploits, les héros du bataillon sacré ne marchaient que précédés de l'effroi qui mettait les bleus en fuite sur leur sanglant passage. Le Vengeur devait tomber anéanti, semblable au vaisseau son homonyme, sans laisser debout un seul de ses hommes. C'était à Cholet que devait s'élever son tombeau.
La troisième classe, composée du reste des paysans, la plupart mal armés, s'établissait en une masse confuse autour des canons et des caissons. La cavalerie, formée des hommes les plus intelligents et les plus audacieux, servait à la découverte de l'ennemi, à l'ouverture de la bataille, à la poursuite des vaincus et des fuyards, et surtout à la garde du pays après la dispersion des soldats.
Quand les combattants se trouvaient réunis pour une expédition au lieu qui leur avait été désigné, avant d'attaquer les bleus ou d'essuyer leur charge, la troupe entière s'agenouillait dévotement, chantait un cantique, et recevait l'absolution du prêtre qui, après avoir béni les armes, se mêlait souvent dans les rangs pour assister les blessés ou exciter les timides en leur montrant le crucifix.
La manière de combattre des Vendéens ne variait jamais. Pendant que l'avant-garde se portait intrépidement sur le front de l'ennemi, tout le corps d'armée enveloppait les républicains, et se dispersait à droite et à gauche au commandement de: «Égaillez-vous, les gars!» Ce cercle invisible se resserrait alors en tiraillant à travers les haies, et, si les bleus ne parvenaient point à se dégager, ils périssaient tous dans quelque carrefour ou dans quelque chemin creux.