—Pourquoi?

—Parce que, si Philippe vient à être massacré, si je suis tué aussi, il faut qu'après nous il existe une main pour châtier les coupables. Cette main sera la vôtre, et jamais une main plus loyale n'aura accompli un acte de justice. Je vais vous confier la vie entière de Philippe, et je n'ajouterai même pas que je m'adresse à votre honneur.

Marcof prit une liasse de papiers qu'il avait déposée près de ses armes en entrant dans la pièce. C'étaient les manuscrits qu'il avait trouvés dans l'armoire de fer du château de Loc-Ronan. Marcof le Malouin les déposa sur la table devant Boishardy.

—Lisez cela, dit-il, je vous raconterai le reste ensuite.

Et le marin, laissant son compagnon qui déjà feuilletait les papiers avec une curiosité ardente, sortit à pas lents de la cabane, et se dirigea vers le côté opposé du placis. Fleur-de-Chêne était près de l'autel improvisé. Marcof l'appela.

—Où est Jahoua? lui demanda-t-il.

—Dans la cabane de Mariic, là sur la droite, répondit le chouan en désignant du doigt la petite maisonnette dans laquelle venait de pénétrer Keinec.

Marcof en gagna l'entrée et en franchit le seuil. Il trouva les deux jeunes gens ensemble, et causant tous deux les mains dans les mains, comme deux frères.

—Je vais à Nantes, disait Keinec au fermier; je vais à Nantes, et Nantes est la seule ville de Bretagne dans laquelle nous n'ayons pas encore pénétré.

—Tu espères donc toujours? répondit Jahoua.