—Cela me fera un véritable plaisir.
—Eh bien! écoute-moi.
—Je suis tout oreilles.
Tout en parlant, Carrier regardait en dessous, selon sa coutume, son interlocuteur. L'espèce de petite mise en scène qu'il venait d'exécuter en jouant les grands sentiments républicains, si fort de mode alors, n'avait eu d'autre but que d'impressionner l'envoyé de Robespierre.
Mais Carrier avait vu avec dépit que cet homme n'avait paru éprouver non seulement aucune gêne en la présence du proconsul, mais même n'avait manifesté aucun étonnement, ni aucune curiosité. La proposition de boire un verre de sang d'aristocrate l'avait fait légèrement sourire, et il avait accompagné sa réponse laconique d'un regard quelque peu railleur qui avait démontré à Carrier que le nouveau venu était un homme peu facile à jouer. Aussi le commissaire républicain se tint-il sur ses gardes, et le proconsul s'effaça momentanément pour faire place au procureur.
—Tu sais, citoyen Fougueray, reprit Carrier en caressant pour ainsi dire chacune de ses paroles, tu sais, citoyen Fougueray, que de toute la France, y compris Paris, Nantes est la ville où les aristocrates abondent le plus?
—Sans doute, répondit Diégo, et cela s'explique d'autant mieux que Nantes est au centre du foyer de l'insurrection de l'Ouest.
—Depuis deux mois passés que je suis ici, j'ai fait activement rechercher les brigands pour les incarcérer.
—C'était ton devoir.
—Et je l'ai accompli.