C'était dans le placis que se réfugiaient les femmes et les enfants qui avaient déserté leurs fermes et leurs granges pillées ou brûlées par les bleus. Les uns s'occupaient à moudre du grain, les autres fondaient des balles. Les enfants tressaient des chapeaux ou fabriquaient des cocardes. Les placis servaient aussi d'ambulance pour les blessés et de quartier général pour les chefs. Des sentinelles, dispersées dans les environs, qui dans les genêts, qui sur les arbres, étaient toujours prêtes à donner le signal d'alarme. Le placis de Saint-Gildas était commandé par M. de Boishardy.

Avant de s'engager dans la forêt, l'homme fit entendre le cri de la chouette. Un cri pareil lui répondit; puis le son d'une corne, répété successivement, annonça au placis l'arrivée d'un paysan.

En pénétrant dans la clairière, le chouan s'arrêta:

—Te voilà, mon gars? dit un homme en lui tendant la main. Tu as donc échappé aux balles des bleus?

—Oui, mais il y en a deux ou trois qui garderont souvenir des miennes.

—Tu as été attaqué?

—J'ai passé au milieu des avant-postes du général Guillaume.

—Et tu n'as pas été blessé, Keinec?

—Non, Fleur-de-Chêne.

—Ils ont tiré sur toi, pourtant?