—Voici la chose.

—Attends, interrompit le comte, regagnons d'abord le sentier des falaises. Du haut des rochers au moins on domine la campagne, et personne ne peut vous entendre.

—Soit! regagnons les falaises...

Les deux cavaliers traversèrent le fourré et se dirigèrent vers les hauteurs. Le vent agitait en ce moment l'extrémité des genêts, de telle sorte que ni le chevalier, ni le comte ne purent remarquer l'ondulation causée par le passage d'un homme qui courait en se baissant pour les devancer. Cet homme, dont la position ne permettait pas de distinguer la taille ni de voir le visage, arriva sur les rochers, les franchit d'un seul bond, tandis que les cavaliers étaient encore engagés dans les ajoncs, et, avec l'agilité d'un singe, il se laissa glisser sur une sorte d'étroite corniche suspendue au-dessus de l'abîme.

Cette arête du roc longeait les falaises jusqu'à la baie des Trépassés. Elle était large de dix-huit pouces à peine, située à quatre pieds environ en contre-bas de la route, et elle dominait la mer. On ne pouvait en deviner l'existence qu'en s'approchant tout à fait du pic des falaises.

L'homme mystérieux pouvait donc continuer à suivre la même route que les cavaliers, et à écouter toutes leurs paroles sans crainte d'être découvert par eux. D'autant mieux que la surface glissante des rochers ne permettait aux chevaux que de marcher au petit pas. Seulement il fallait que cet homme eût une habitude extrême de suivre un pareil chemin; car, il se trouvait sur une corniche large de dix-huit pouces, et la mort était au bas!

Les deux cavaliers, une fois sur les falaises, continuèrent leur route et reprirent la conversation un moment interrompue.

—Tu disais donc? demanda le comte en regardant autour de lui, et en poussant un soupir de satisfaction, tu disais donc, mon cher Raphaël?...

—Que si tu veux m'en croire, Diégo, nous allons chercher dans le pays une retraite impénétrable, ignorée de tous les partis et où nous serons en sûreté.

—Pourquoi faire?