—Non! non! hurlèrent les paysans.

—Attention, alors! fit le brigadier en s'adressant à ses soldats.

—Mes enfants! mes enfants! disait le prêtre en s'efforçant d'apaiser le tumulte.

Mais sa voix, ordinairement écoutée, se perdait au milieu du bruit. Puis les enfants se glissaient silencieusement dans la foule et apportaient à leurs pères les pen-bas que leur envoyaient les femmes.

—Sabre en main! ordonna le brigadier.

Les sabres jaillirent hors du fourreau, Les paysans se reculèrent. Le moment était décisif. Tout à coup un bruit de galop de chevaux retentit, et une nouvelle troupe de soldats, plus nombreuse que la première, déboucha sur la place. Le brigadier poussa un cri de joie.

—Gendarmes! ordonna-t-il en s'élançant, sabrez-moi cette canaille!

—A bas les gendarmes! à bas les bleus! répondirent les paysans. Vive le recteur! à bas la constitution!

—Ah! vous faites les rebelles, mes petits Bretons! s'écria la voix du sous-lieutenant commandant le nouveau détachement. Attention, vous autres! Placez les prisonniers dans les rangs.

Les gendarmes occupaient le centre de la place. Les paysans, refoulés, en obstruaient les issues. Une collision était imminente. Les femmes pleuraient, les enfants criaient, les soldats juraient, et les paysans, calmes et froids, les uns armés de faulx, les autres de fusils, les autres du fourches et du pen-bas, attendaient de pied ferme la charge des cavaliers. Le vieux recteur, dont les gendarmes n'avaient pu s'emparer, était agenouillé sous le porche de l'église et implorait la miséricorde divine.